
La surdité fait mal.
La surdité fait du bien quand on entend
au moins un peu.
La surdité tue l’amour propre.
Avec la surdité on ne dit plus
« En avant la musique ».
La surdité fait du bien quand on entend
au moins un peu.
La surdité tue l’amour propre.
Avec la surdité on ne dit plus
« En avant la musique ».

On dit : « En arrière avec les fausses notes ».
Les sourds sont des clowns tristes qui font rire.
Les sourds bégaient dans leur tête :
« Qu’est-ce que ? Qu’est-ce que… vous dites ? »
Ils fuient les interurbains : cela coûte trop cher de faire répéter,
surtout les amis d’outre-mer (fait vécu).
Coupe couteau, hache viande : Là Sur Dites Hé !
Passez les mots au hachoir, ils deviendront indigestes.
Ainsi est la vie du sourd : il se hache dans la tête,
les mots sont un casse-tête de mille morceaux :
Le petit bleu va-t-il avec le vert cassé ?
L’adverbe avant ou après le verbe ?
Les près avec la cheminée ?
Charabia ? Oui, tristement votre Honneur.
Je n’ai pas tout à fait compris votre savante plaidoirie
et tout en me sachant innocent je me sens coupable.
Je suis mêlé mêlant, bêlant silencieusement.
Je dois apprendre à vivre avec mon mal,
devenir dégustateur de chaque phrase que j’entends et capte.
La savourer comme un bonne pointe de fromage,
un millésime sorti de la cave d’un connaisseur.
Les oiseaux ne parlent pas. Ils pépient sans cesse.
Ils ne comprennent rien, font des plongées à toute allure.
Ils communiquent entre eux, pour sûr.
Les dauphins : pareil. Les éléphants : pareil.
Sourds, vous êtes beaux, dans votre humilité
à laisser parler les grands qui entendent.
Sourds, vous comprenez bien des choses,
que bien d’autres ne comprennent pas,
à cause des oreilles de vos âmes qui vibrent,
cachées à l’intérieur de votre intérieur,
à cause de vos yeux qui percent le regard
des bouches d’où sortent des sons inaudibles
certes, mais dont les yeux disent plus, disent tout,
en autant qu’on les laisse pénétrer en nous,
dans le silence-cathédrale des pensées profondes.
La surdité devient alors richesse, geyser, diamants.
On ne rit plus, on scrute, on creuse, on médite.
Le son n’a plus le même sens.
Le calme étang pour qui entend devient mer agitée
pour qui ne peut surfer sur des mots glissants.

Le rideau tombe sec. La conversation coupe dru.
Le mot de la fin est laissé au sourd… qui n’a pas tout compris,
Le mot de la fin est laissé au sourd… qui n’a pas tout compris,
qui ne sait que dire,
qui hoquète en silence dans son ventre.
qui hoquète en silence dans son ventre.

Sourd signifie ici en fait malentendant, le vrai sourd appartenant à un monde que je ne connais pas.

3 commentaires:
Je trouve ce texte très fort , très douloureux
Je le ressens au creux du ventre car j'entends aussi le cri silencieux de ma maman qui devenait sourde
Je crois malheureusement qu'elle n'a pas eu le temps de vivre sa surdité en richesse, geyser, diamants.
Merci Karl.. ce billet sur la surdité est magnifique d'intensité ...et d'espoir dans la perte d'un sens qui n'est pas une porte définitivement close sur le monde des sons..dans la mesure où ils peuvent vibrer en nous autrement .. mais combien de souffrance pour y acceder
Je t'embrasse amicalement
Un très beau témoignage qui nous fait ressentir le vécu de la surdité à nous, "entendants" qui ne respectons pas toujours les mots à leur juste valeur. Merci !
Oui. Très beau texte. Beaucoup de finesse dans le choix des mots.
La surdité: un voile soyeux qui ondule, qui flotte et enveloppe les paroles...
Enregistrer un commentaire